Les difficultés des ados

Par Bill RYAN et Jean-Yves FRAPPIER

Pourquoi nous préoccuper des jeunes gais et lesbiennes? Parce qu'ils et elles présentent probablement un risque plus élevé de perturbations diverses, liées à la découverte de leur homosexualité, au rejet par la famille ou par le réseau des pairs, au harcèlement ou aux agressions de la part d'individus homophobes.

Les adolescents gais et lesbiennes disposent de très peu de modèles auxquels se raccrocher. Les jeunes en général reçoivent peu d'information pertinente quant à l'expression de leur sexualité (si ce n'est en ce qui concerne la réduction des risques de MTS) et encore moins s'il s'agit d'une sexualité homosexuelle. Les parents et la plupart des pairs ne peuvent servi d'exemples aux jeunes homosexuels, ni les soutenir, d'autant que ces derniers ne peuvent partager leur situation et leurs difficultés avec leur famille, contrairement aux adolescentes et adolescents hétérosexuels. Par conséquent, les jeunes ont plus de difficulté à accepter leur orientation homosexuelle et à s'y adapter, ce qui contribue à intensifier l'anxiété et l'isolement et à compliquer leur développement personnel et social.

Il arrive que la famille rejette l'adolescent ou l'adolescente en raison de son penchant homosexuel; il ou elle peut ainsi être marginalisé, mal aimé et négligé, situation qui compromettra d'autres aspects de son épanouissement. Certains fuient ce milieu inhospitalier, d'autres sont chassés du domicile familial en raison des conflits et des problèmes qu'engendrent leur orientation et son incompréhension.

Au fil de leurs interactions sociales, les jeunes apprennent que notre société est peu accueillante envers les gais et les lesbiennes. Diverses épithètes injurieuses témoignent de ce mépris et de cette perception négative. Les adolescents et adolescentes qui se désigneront éventuellement comme homosexuels ne peuvent demeurer insensibles à ce discours. L'hornosexualité est associée à une image négative et les adolescents gais et lesbiennes doivent composer avec cette réalité pour se construire une image positive d'eux-mêmes, une tâche fort difficile s'il en est.

La plupart des jeunes connaissent des troubles émotionnels à un moment ou un autre de leur adolescence, et cela est d'autant plus vrai dans le cas d'adolescents gais et lesbiennes. Nous constatons que plusieurs, face à l'émergence de cette orientation homosexuelle, développent une très faible estime de soi, cela étant dû, entre autres, à l'image négative de l'homosexualité, aux rejets vécus et aux difficultés de socialisation avec les autres jeunes et avec l'entourage en général.

Cette faible estime de soi et les difficultés familiales et sociales liées à l'orientation homosexuelle expliquent nombre de problèmes rencontrés chez des adolescents gais et lesbiennes. Plusieurs perdent toute motivation à l'école, ont peine à se concentrer en classe et donnent un mauvais rendement scolaire. Certains seront portés à recourir à l'alcool et à surconsommer des drogues. Selon une étude américaine, plusieurs jeunes homosexuels commencent à consommer de l'alcool et des drogues à un âge plus précoce que leurs pairs, en raison du milieu hostile, des insultes et des mauvais traitements dont ils sont victimes (New York Native, US Department of Health and Human Services).

Une autre étude américaine révèle que 45 % des jeunes gais et 20 % des jeunes lesbiennes ont été victimes d'insultes ou ont été maltraités (Child Welfare League of America et Sorohan). Une méfiance inhibante peut dès lors les envahir et teinter leurs relations avec l'entourage. De plus, selon plusieurs études, ces jeunes seraient plus portés que les autres adolescents à faire des dépressions suffisamment graves pour les conduire au suicide. En fait le suicide est la première cause de mortalité chez ce sous-groupe. L'homophobie dont les jeunes gais et lesbiennes sont l'objet peut donc avoir les plus graves effets, trop souvent négligés.

Enfin, plus que leurs pairs hétérosexuels, les adolescents gais ont à composer avec un risque élevé d'infection au VIH. Cela ajoute un insupportable fardeau à la difficulté d'acceptation de leur orientation, à son dévoilement et à la difficulté de construire une image positive d'eux-mêmes.

Déjà, la prévalence des MTS chez les adolescents en général est élevée. Il est probable que les adolescents gais risquent davantage d'être infectés par le VIH ou d'autres MIS, cela à cause des circonstances dans lesquelles ils sont contraints de vivre leur vie amoureuse. Leur activités sexuelles sont en effet plus souvent clandestines et les adolescents et adolescentes ont parfois leur première relation avec un ou une partenaire plus âgé ayant un passé sexuel plus chargé. On peut penser que les jeunes bénéficieront dans une certaine mesure des moyens de protection que les aînés ont adoptés, mais on ignore jusqu'à quel point le recours à ces moyens est courant dans la population homosexuelle.

Les relations anales non protégées, l'instabilité d'un lien clandestin que justifie la stigmatisation de l'homosexualité et, pour certains et certaines, une multiplicité d'expériences sexuelles contribuent à l'accroissement des risques, bien qu'il soit difficile d'évaluer ces risques, étant donné que cette population adolescente est encore peu connue. Compte tenu de l'épidémiologie actuelle du sida chez les 20 à 29 ans qui désigne les relations homosexuelles non sécuritaires comme un des modes de transmission dominants, les adolescents gais constituent un groupe à risque potentiellement élevé.

Il importe donc de les aider à sortir de la clandestinité afin de leur permettre de vivre sereinement leurs relations amoureuses.

Avec l'aimable autorisation de europrofem.org


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